L’avortement et les libertés individuelles au Maroc

0
484

Suite à la condamnation et à l’emprisonnement de Hajar Raissouni pour avortement clandestin et relations sexuelles hors mariage, le Maroc devait faire face à un déferlement d’indignation de la part de la société civile œuvrant pour la garantie des libertés individuelles et de la part de la presse. C’était également l’occasion de raviver le débat autour du projet de loi n°10.16 portant modification du code pénal.  Même après avoir été graciée par sa majesté le Roi Mohammed VI, le débat sur l’avortement en particulier et sur les libertés individuelles de façon générale n’en reste pas moins d’actualité.

 

L’avortement est l’arrêt de la grossesse par le retrait ou l’extraction forcée hors de l’utérus d’un fœtus ou d’un embryon avant qu’il ne soit capable de survivre seul. Un avortement peut survenir non-intentionnellement, auquel cas on parle souvent de fausse couche. Il peut également être provoqué à dessein, auquel cas il est appelé avortement provoqué. Au Maroc, L’avortement a longtemps été la source de débats, de controverses et d’activisme considérables. La position d’un individu concernant les problèmes éthiques, moraux, philosophiques, biologiques et juridiques complexes entourant l’avortement est souvent liée à son système de valeurs.

 

Les opinions sur l’avortement peuvent être décrites comme une combinaison de croyances sur la moralité de l’avortement, sur l’étendue du pouvoir gouvernemental en matière de politique publique et sur les droits et responsabilités de la femme cherchant à subir un avortement. L’éthique religieuse a également une influence à la fois sur l’opinion personnelle et sur le débat plus vaste sur ce sujet. Les débats sur l’avortement, en particulier ceux qui concernent le côté législatif, sont souvent dirigés par des groupes qui défendent l’une de ces deux positions :

 

Les groupes qui sont contre l’avortement préconisant des restrictions légales plus strictes à l’avortement, y compris sa prohibition totale, se décrivent le plus souvent comme «pro-vie ». Tandis que les groupes qui défendent l’avortement et s’opposent à de telles restrictions légales se décrivent comme «pro-choix ». La première position soutient qu’un fœtus est un être humain ayant le droit de vivre comme n’importe quel autre être humain, faisant de l’avortement la même chose qu’un meurtre d’un point de vue moral. La deuxième position déclare qu’une femme jouit de certains droits en matière de procréation, notamment du choix de mener une grossesse à terme ou non.

 

De ce fait, le Maroc reste coincé entre deux feux. Tandis que la société civile, encouragée par les organisations internationales, milite pour que la femme puisse disposer librement de son corps et par ricochet pour avoir la liberté d’avorter quand les circonstances l’exigent sans tenir compte des principes religieux, les jurisconsultes d’un autre côté incriminent cette pratique sous prétexte qu’elle risque de transgresser les lois établies par Dieu et de pervertir la société, et par conséquent appellent l’Etat à la sanctionner sévèrement. Or, les croyances et les religions restent une affaire personnelle qui concerne l’individu dans sa relation avec Dieu.

Les jurisconsultes clament que l’avortement équivaut à l’atteinte à la vie d’un être humain en devenir, et que dès la huitième semaine de grossesse, le bébé est complètement constitué. Toutefois, ils ne sont pas unanimes quant au moment exact où l’âme en est insufflée. Bien entendu, cette dualité du corps et de l’âme se trouve uniquement dans les religions qu’elles soient monothéistes ou polythéistes, et donc ceci demeure une question de croyance.

 

La société marocaine quant à elle souffre d’une confusion grave au niveau des notions et limite les libertés individuelles à la liberté sexuelle uniquement. Certains individus clament haut et fort que c’est par cette liberté sexuelle que le Maroc deviendra un pays ouvert et similaire aux pays développés. Moi par contre, j’ai envie de leur dire que l’ouverture et l’évolution des nations vient par le travail de l’esprit et non pas grâce aux parties génitales. Je me demande parfois si le citoyen marocain lutte pour ses droits ou pour l’assouvissement de ses plaisirs.

 

Par ailleurs, la société civile appelle l’Etat à dépénaliser l’avortement en abrogeant l’article 449 du code pénal selon lequel : « Quiconque, par aliments, breuvages, médicaments, manœuvres, violences ou par tout autre moyen, a procuré ou tenté de procurer l’avortement d’une femme enceinte ou supposée enceinte, qu’elle y ait consenti ou non, est puni de l’emprisonnement d’un à cinq ans et d’une amende de 200 à 500 dirhams. Si la mort en est résultée, la peine est la réclusion de dix à vingt ans ». Elle souhaite également éviter que plus de bébés abandonnés ne voient le jour pour qu’ensuite ils soient discriminés à vie, et que les mères célibataires ne soient définitivement exclues de la société.

Cependant, le code pénal n’interdit pas et ne punit pas l’avortement lorsque la santé physique, mentale et sociale de la femme enceinte est en danger. Dans ce cas, le chirurgien peut procéder à l’avortement sans requérir l’autorisation du conjoint compte tenu de l’urgence de la situation. La femme enceinte peut également avorter si la grossesse est le résultat d’un viol. Récemment, le conseil national des droits de l’homme (CNDH) s’est prononcé sur l’avortement en souhaitant qu’il soit dépénalisé partiellement dans le cas où « la grossesse ne dépasse pas les trois mois sauf dans les cas décidés par le médecin ». En outre, il s’est prononcé sur la question des libertés individuelles, ce qui a embelli sa position sur la scène internationale même s’il risque de se mettre à dos les partis conservateurs et certaines organisations islamistes.

De mon point de vue, chaque camp a une certaine logique dans ce qu’il dit et des raisons qui le poussent à lutter pour ce qui lui parait juste et honnête. Pourtant, il faut penser à créer des ponts entre les principes religieux et la médecine d’une part, et entre ces principes et la société avec les conditions socio-économiques dans lesquelles elle beigne d’autre part. Ces ponts auront pour rôle de renforcer la relation entre les parties susmentionnées vu que leur but est de garantir le bonheur de l’être humain, de veiller à ce qu’il soit en bonne santé et à ce que ses nouveaux nés bénéficient des conditions de vie et de santé adéquates, dans la mesure où ils représentent la future génération qui prendra les choses en main et qui constituera la société marocaine de demain.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici